Mon enfance
Je vous raconte ma vie à partir de mon enfance : Voici je viens d'une famille de treize enfants qui compte quatre couples de jumeaux, dont huit garçons et cinq filles. Le jumeau d'une de mes soeurs est décédé en bas âge à cause d'un rhume et un autre couple de jumelles qui sont mortes dans les mêmes conditions que mon petit frère. Ils étaient tous âgés de deux semaines environ lorsqu'ils sont mort. Il me reste ainsi sept frères et deux soeurs et je me trouve être l'aînée des filles.
Mon frère jumeau et moi-même sommes les seuls à être nés au Nouveau-Brunswick. Et à l'âge de six ou sept mois, mes parents ont pris le chemin menant en Gaspésie.
La Gaspésie est une région où il y a beaucoup de feux de forêts en été et nous avons été très éprouvés par ce fléau; à quatre reprises, la maison familiale s'est transformée en un tas de cendre fumante... c'est pourquoi, mon père se trouvait dans l'obligation de rebâtir un nouveau domicile à différent endroit tout en perdant à chaque fois tous ses biens ! C'est beaucoup d'épreuves et de responsabilités pour un père d'une si grosse famille...
Mon enfance n'a malheureusement pas été une source de joie et de bonheur; cette même pauvreté que nous subissions malgré nous affecta d'une manière ou d'une autre tous les aspects de notre vie familiale. Cela rendait mon père soucieux et, parfois, il se comportait drôlement... Je ne comprenais pas trop pourquoi à l'époque; mais je le croyais très fort et ce, à tous les points de vu..., jusqu'au jour où il y a eu cette histoire d'inceste !
Ce douloureux souvenir remonte à mes six ans. Au moment où cet événement se produisit, je me suis évidemment mise à pleurer et de toutes mes forces je retenais ma main que mon père avait pris de force et je ne voulais pas toucher mon père. Alors mon père s'est mis en colère et me menaça en ces termes : Tais toi et ne le dis pas à ta mère sinon..., sinon je vais te tuer !!!. J'avais un père qui usait de son autorité d'une manière très cruelle... Après m'avoir dit ces paroles aussi troublantes qu'inattendues, je sentais mon cœur se déchirer; car l'amour que j'avais pour mon père, s'anéantissait à tout jamais... Tout tremblait en moi; je me voyais littéralement paralyser par la peur !... Par la suite, je me suis efforcée à faire semblant de ne plus avoir peur. Après cet acte répugnante, il n'a plus tenté de commettre des gestes de cette nature jusqu'à la mort de ma mère...
À partir de ce jour-là, il y eut un changement qui survint en moi. Je ne me comportais plus comme une petite fille de six ans, mais bien plutôt comme une femme; car mes sentiments affectueux de l'enfant pur que j'étais, s'envolèrent et mes pensées étaient devenues comme celles d'un adulte. Suite à cette expérience éprouvante, il n’y avait plus grand chose qui me surprenait du monde des adultes; je voyais que leur vie était faussée par leur conduite hypocrite et immorale. Par contre, je me tenais souvent à l'écart des autres à cause de la bassesse de cette histoire; je sentais toujours cette odeur d'inceste qui me poursuivait sans cesse où que j'aille... Je vivais toujours avec cette crainte permanente que je tenais à cacher face à mon père. De plus, je ne pouvais me chasser de l'esprit ses menaces. Lorsqu'il revenait de travailler, je me tenais éloignée de lui; je n'était plus en mesure de recevoir l'affection à laquelle je pouvais m'attendre d'un père aimant normalement son enfant ! ...
Parfois, il passait des inspecteurs de la chasse dans notre territoire. Et une fois il est arrivé qu'ils se sont arrêtés chez nous pour demander des informations sur l'environnement; et alors que je jouais à l'avant de la maison ils m'ont interpellée. Ils désiraient savoir s'il y avait des perdrix sur notre territoire et si mon père tuait de ses volailles sauvages en dehors de la saison de chasse. Après avoir répondu à toutes leurs questions, il me pris une folle envie de leur crier : Amenez-moi avec vous parce que je suis maltraitée par ma famille ! Mais je n'en avais pas le courage puisque mes parents me surveillaient par la fenêtre; et je lisais la peur sur leurs visages qui leur faisait plisser le front.
Après le départ de ces gens, mon père me parlait nerveusement parce qu'il croyait que je leur avais parlé de lui; il me disait : Tu es bien sûre que tu n'as rien dit d’autre ? Je lui répondis : Non ! Et voilà, je vivais en plus la peur de ne pas être crue parce que je sentais son incrédulité et cela m'inquiétait. Il éprouvait toujours cette crainte que je le déclare à ma mère, que je révèle au grand jour cet affreux secret... Je ressentais constamment sa peur, cette peur qui m'envahissait à chaque fois que je croisais son regard qui me hantait et me rendait toujours plus nerveuse.
À cette époque, je ne savais comment je fis pour supporter toutes ces épreuves. C'était assurément une Grâce et une force surnaturelle qui me gardait, mais je ne pouvais alors la discerner...
Aujourd'hui, je reste convaincue que c'est Dieu qui me venait en aide et qui me donnait de Sa Force et de Son Courage pour tenir bon; je réalise aussi que mon état d'esprit s'alimentait à même l'espoir et la persévérance dans l'idée qu'un jour je serais enfin délivrée! Mais quand ? Je n'en savais rien ! Et néanmoins, j'entretenais toujours des pensées positives; c'était sûrement cela la Grâce de Dieu, des pensées positives pour tenir bon. Pour moi, c'était la seule façon de regarder cette vie qui passait sans regarder arrière...
***
Vers l'âge
de huit ans, je me souviens que je me posais la question à
savoir pourquoi mon père avait si peur que je parle à
ma mère de son acte incestueux... Je ne comprenais pas assez
bien à ce moment-là ce qu'il en était des problèmes
conjugaux et je ne présumais pas non plus des risques encourus
que pouvait provoquer une telle révélation ! M'aurait-elle
sauvée de cette situation ou m'aurait-elle rejetée
? Ce qui me retenait également, c'était que je voyais
trop souvent mon père songeur et devenait furieux lorsqu'il
était en état d'ébriété et parfois
même battait ma mère. Alors à cause de cela la
peur me tourmentait toujours, et je ne pouvais rien divulguer... Je
me trouvais dans l'obligation de garder ce secret pour moi seule et
apprendre à vivre avec celui-ci sans que cela me dérange
trop psychologiquement. Mais plus le temps passait, plus je trouvais
cela très lourd à porter toute seule; je n'arrivais tout
simplement pas à trouver quelqu'un en qui me confier. Malgré
tout, je grandissais avec l'espoir qu'un jour il se trouverait quelqu'un
sur mon chemin qui m'aimerait assez pour venir à mon secours, me
sortir une fois pour toute de ce cauchemar qui n'en finissait plus...
Un an plus tard environ, mon père et ma mère décidèrent de me faire garder mes frères et ma soeur pendant toute une journée tandis que eux allaient en ville. Avant de nous quitter, mon père me donna ses derniers instructions pour mes frères, ma soeur et la maison. Et juste avant de franchir la porte, mon père me dit encore : S'il se passe quelque chose d'incorrect, c'est toi que je punirai, même si ce n'est pas toi la coupable ! Ces paroles ne sont pas tombées dans les oreilles de sourds ! Comme j'avais trois frères plus âgés que moi, ils se sont dit en riant avec une certaine malice dans le cœur qu'ils mijoteraient entre eux une conspiration afin de me rendre coupable aux yeux de mon père et, que ce ne serait pas eux qui auraient la punition. Et ils se mirent à rire avec encore plus de méchanceté : Ha ! ha ! ha ! En l'absence de mes parents, ils m'ont fait subir les pires tortures mentales qu'on puisse imaginer jusqu'à ce que je crie mon sentiment d'impuissance de ne pouvoir me défendre contre eux. Aussitôt que je compris leur complot, je me suis mise à pleurer en leur disant combien ils étaient méchants ! Mais les paroles que je leur disais ne les ont pas dérangés et ils cherchèrent à mettre à exécution quand même leur plan malveillant.
Volontairement, leur stratagème consistait à essayer de me monter contre eux; ils faisaient tout pour me rendre furieuse contre eux, afin de me faire perdre patience. En me connaissant, je savais que je passerais ma colère sur quelque chose; ils le savaient bien que je ne pouvais pas les atteindre physiquement ! ... Je n'avais jamais vu personne s'acharner sur moi de la sorte, c'était plus qu'insupportable. Tout ce que je me souvienne, c'est que j'étais tellement en colère contre eux que j'avais une envie folle de les secouer très fort pour leur faire entendre raison. Et, je finis par passer mon exaspération en donnant un coup de couteau sur une chaise que mon père venait de juste de recouvrir à neuf !!!
Ce fut une journée plus que mouvementée avec cette peur omniprésente d'affronter mon père; et combien je trouvais que les heures se faisaient longues... Je n'avais pas vraiment hâte au retour de mes parents. Mais voilà, il fallait bien qu'ils arrivent à un moment donné et que je fasse face à cette éventualité...
Et, lors qu'ils sont arrivés, en entrant dans la maison, mon cœur s'est mis à battre à tout rompre de peur; mes frères m'avaient devancée en courant vers mon père pour lui dire ce que j'avais fait ! Mais moi, je suis intervenue à mon tour et expliquai à mon père ce que eux m'ont fait pour que j'en arrive là... Mais mon père ne voulait rien entendre et il me répétait de sa voix sévère : Même si ce n'est pas de ta faute, je t'avais dit que ce serait toi la responsable ! Alors, celui-ci alla chercher la grosse ceinture de cuir et me frappa de toutes ses forces; il me donna partout des coups sans regarder où il frappait; c'était tellement douloureux que je ne pouvais pas ne pas crier de désespoir et, personne n'osait venir à mon secours pour l'arrêter ! Et un moment donné, je sentais mes forces m'abandonner et, il y eut un grand affaiblissement dans tout mon corps tant les coups de ceinture ne cessaient de me meurtrir; je ne pouvais plus offrir aucune résistance à ses coups tant ma faiblesse s'en allait de plus en plus et je sentais peu à peu la mort m'envahir...
Lors qu'il a vu que je ne réagissais plus, il s'est soudain arrêté, comme surpris et stupéfait d'avoir mis tant d'ardeur dans sa fureur ! Je me trouvais dans l'impossibilité de me relever et je m'était mise en boule dans le coin du salon sans pouvoir bouger; je me suis assoupie dans mes blessures sans que personne vienne me consoler. Lorsque je suis revenue à moi, je pensais juste à une chose, un moyen de m'enfuir loin de cette famille dysfonctionnelle ! Mais je ne trouvais personne qui aurait voulut de moi, et je ne savais où aller. Donc, je me sentais encore retenue là et pour des années en raison de mon jeune âge...
Quelques mois plus tard, ce fut au tour de ma mère de perdre patience envers moi; cette fois-là, je l'avoue, c'était ma faute, car je l'ai trop fait attendre pour aller lui aider à faire la vaisselle. Ma mère avait beaucoup trop de travail et il lui faillait demander de l'aide à l'un des membres de la famille. Comme de raison, j'étais pratiquement toujours la seule élue ! Souvent même, elle me demandait de ne pas me rendre à l'école pour pouvoir la seconder dans les tâches domestiques. Je ne comprenais pas sa fragilité à ce moment-là; elle avait réellement besoin d'aide en raison d'une santé plus que précaire. C'est pourquoi, il fallait que je lui obéisse sur-le-champ ! Elle me l'avait demandé au moins trois fois avant qu'elle ne perde patience...
Où il y a de la violence dans la sévérité, nous, les enfants, nous devenons habitués à cela et n'obéissons pas toujours aux ordonnances qui nous sont faites, parce que tout devient confus dans nos têtes et ne comprenions pas encore toute l'importance de l'obéissance.
Cette fois, ma mère avait pris le même moyen que mon père pour me faire plier à sa volonté ! Elle est allée chercher la fameuse ceinture de cuir et lorsque je compris son intention, je suis partie en courant pour me réfugier en dessous de la table de la cuisinette. M'ayant rattrapé, elle me frappa aussitôt... Et pendant qu'elle me frappait, je décidai de ne plus respirer pour démontrer à ma mère que je me laissais mourir ! Alors, tout en recevant les coups, je me disais intérieurement : Je ne veux plus vivre comme ça, j'en ai assez de recevoir toutes ces corrections avec cette ceinture de cuir pour me battre pour tout et pour rien !... Après cela, je me suis cloîtrée dans mon for intérieur et je ne bougeais plus. De cette façon, les coups que je recevais me faisaient beaucoup moins mal... Je me suis faite comme une carapace, une sorte d'abri en moi-même; d'ailleurs, je ne ressentais presque plus la douleur que causaient les coups... Je sentais bien quelque chose effleurée mon corps, mais je ne réalisais pas encore que j'étais sur le point de voir la mort de si près encore une fois...
Lorsque ma mère constata que je ne bougeais plus, elle prit peur et s'arrêta immédiatement de me frappe; elle me tira par un bras pour ensuite me prendre par les deux bras, en les serrant avec force, pour me secouer un peut tout en disant : Reviens à toi, reviens à toi !!! J'essayai tant bien que mal de reprendre mon souffle mais je n'y arrivais plus; je pensais même que je mourais pour de bon cette fois-ci, et cela m'était bien égal puisque j'étais bien décidée à me laisser mourir... J'étais aussi molle qu'une marionnette et je ne sentais plus rien en moi, mais j'entendais tout ce qui ce passait ! Finalement, en raison des supplications que ma mère fit, le souffle m'est revenu sans peine et, je lui disais avec difficulté : Je suis tannée de me faire battre et je ne veux plus vivre comme ça, j'aime mieux mourir !!!... C'est alors que ma mère me serra très fort sur son cœur, et ce geste inespéré me redonna courage car, pour la première fois de toute mon enfance, je sentais enfin son amour pour moi !... Elle me dit tout doucement : Je ne te battrai plus et je ne te ferai plus jamais de mal... Depuis cette mémorable correction, elle ne m'a plus jamais battue ! Vous ne pouvez imaginer combien ce signe d'affection a pu me rassurer parce que je savais maintenant que ma mère m'aimait vraiment...
Avec le recul du temps, j'ai l'intime conviction que c'était Dieu qui a mis Son Amour dans le coeur de ma mère pour moi à ce moment-là; c'est Lui aussi qui m'a redonné Son souffle de vie et l'Amour dont j'avais besoin pour reprendre le courage de vivre. À Lui, je donnerai toujours toute la Gloire ! Merci Seigneur Dieu pour la vie, car c'est Toi la vie!
Suite à cette histoire, j'entendis ma mère discuter de tout cela avec mon père mais il ne l'a malheureusement pas écoutée. Peut-être ne voulait-il pas perdre son autorité devant ma mère, pour une simple question d'orgueil ?... Mais avec le temps, je crois qu'il a fini par comprendre que ses corrections étaient non seulement exagérées, mais tout à fait inutiles...
Je haïssais tellement cette ceinture de cuir qu'un jour, j'y ai fait une si grosse morsure dedans que mes dents y laissèrent mon empreinte personnelle; c'était ma façon à moi de signifier une fois pour toute, que j'en avais assez !
Dieu me vient en aide
Au début de mon adolescence, alors que la routine de tous les jours poursuivait son cours, il se produisit un événement heureux et bien spécial à mes propres yeux... C'était le jour où nous avons eu l'heureuse visite de Monsieur le curé (prêtre) de notre paroisse. Lorsqu'il est entré dans la maison, il apportait avec lui une Bible pour la donner à mes parents. Gloire à Dieu, Dieu est entré dans la maison, j'ai vu avec plaisir combien mon père et ma mère étaient bien content de recevoir Ce si précieux présent. Le prêtre affirma ce jour-là à mes parents que Dieu avait choisi cette famille et quelqu'un en particulier dans cette famille pour accomplir Son oeuvre, et mes parents se réjouissaient à cette bonne nouvelle. Mes parents lui demandèrent alors, qui pouvait bien être la personne élue par Dieu ! Mais celui-ci ne pouvait répondre à cette question...
Alors, nous nous sommes
mis par ordre d'âge en une seule rangée afin que
le prêtre nous bénisse chacun en particulier. Et pendant
que celui-ci parlait avec les plus jeunes, j'avais hâte que
mon tour vienne... Et lorsqu'il arriva à moi, je ressentis
comme s'il y avait eu la Présence de quelqu'un derrière
moi qui me poussait légèrement en avant des autres et
ce, sans le moindre effort de ma part... Je sentais au plus profond
de moi Cette merveilleuse Présence qui suscitait en mon
cœur un sentiment d'Amour et de Paix qui venait assurément
du Seigneur. Par un ensemble de petites choses qui se passaient dans
ce rassemblement, je voyais que Dieu était sur le point de faire
certainement quelque chose et cela me donnais espoir, c'était
comme si Dieu me disais : Je vient te secourir ! Cette si douce Présence
me rassurait et me réconfortait tout à la fois par une
Paix qui effaçait toutes mes souffrances passées. Enfin,
la confiance se ranimait en moi et faisait maintenant place au courage.
C'était tout comme si j'avais été ravie dans les
lieux célestes car, je sentais la Sainteté de la présence
de Dieu autour de moi... J'avais les deux mains jointes et le visage
qui rayonnait littéralement de joie ! Je ne voulais plus sortir
de ce lieu béni... Me voyant ainsi, le prêtre me demanda
en souriant : L'aimes-tu Jésus?... Je répondis : Oh
oui je L'aime ! ... Ensuite, il pria un court instant tout en posant
sa main sur ma tête.
À partir de là, il n'y eut plus aucun doute en mon fond intérieur que la personne choisie était bien moi; je vis que notre hôte éprouvait la même certitude, mais il ne le dit pas. Cette grande révélation se produisit pendant qu'il parlait à l'un de mes frères plus âgé. Alors, faisant demi-tour, le prêtre est venu faire un signe de croix sur mon front ! À cette époque, le signe de croix représentait le symbole de la consécration divine. Ne comprenant pas tout ce qui m'arrivait, je me disais au fond de mon cœur que Jésus allait sûrement faire quelque chose pour moi... Mais comment le ferait-Il ! Je n'en avais aucune idée mais, je Lui faisais tout simplement confiance avec ma foi d'enfant et j'attendais...
Suite à cette solennelle visite, mon père s'est souvent mis à nous lire la Bible; je sentais bien qu'il était heureux et ma mère par le fait même, puisqu'elle écoutait attentivement tout ce qu'il nous lisait. Mon père nous disait alors avec conviction : Écoutez, c'est Dieu qui vous parle dans ce Livre !… C'est à ce moment-là que je réalisai que Dieu était vraiment vivant et pouvait prendre soin de chacun de nous en nous parlant aussi en particulier, comme Il le fit si bien avec Adam et Ève dans le jardin d'Éden !
Je compris également que moi aussi je pouvais parler directement à Dieu, même si je n'étais qu'une enfant de dix ans ! Dieu entend les prières des enfants qui souffrent... Les Promesses de Dieu sont aussi pour eux !
Quand les justes crient, l'Éternel entend, et Il les arrache à toutes leurs détresses; L'Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé et sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement. De nombreux malheurs atteignent le juste, mais de tous, l'Éternel le délivre. Psaume 34, 18-20.
J'avais bien des questions à poser mais je n'osais pas trop y réfléchir en raison du fait que la religion ne nous permettait pas de converser directement avec Dieu ! Cela ralentissait mon zèle parce qu'on nous disait qu'il fallait passer par d'autres intermédiaires, en l'occurrence Marie, les saints ou nos défunts. Mais au fond de moi, j'osais tout de même mais avec une certaine crainte, parler directement à Dieu dans le secret de mon cœur !!!
En raison de ce faux enseignement religieux qui consistait à nous faire croire que si l'on s'adressait directement à Dieu, nous courrions le risque de mourir. J'avais donc peur que Dieu me fasse mourir ! Mais toutefois, j'osais Lui parler quand même et je me disais alors : Si je meurs, ce ne sera pas pire de ce que je vis maintenant. Alors, j'osais tout de même Lui parler directement malgré l'interdiction formelle des religieux ! Et Dieu ne m'en a jamais voulu pour cela, bien au contraire, Il prend un vif plaisir à nous entendre Le prier, d'une manière aussi simple, comme la prière d'un enfant... Mais aujourd'hui, je sais pourquoi les religieux nous disaient cela, c'était vraiment une mauvaise compréhension de leur part. Car la Bible dit : pour être capable de parler à Dieu directement, nous devons accepter Jésus comme Notre seul Sauveur personnel dans nos coeurs et en priant par le Nom de Jésus, nous avons accès auprès de Dieu Le Père à cause de Jésus.
Ainsi, j'écoutais mon père et je m'attendais d'en connaître toujours plus sur ce qui était écrit dans La Bible de Dieu. À cette époque, mon père La lisait pratiquement tous les jours et je me souviens que j'avais toujours hâte à ces moments privilégiés de la journée où j'apprendrais à toujours mieux connaître ce Grand Dieu d'Amour par ce Livre merveilleux...
Il se faisait une grande excitation en mon intérieur lorsque j'entendais Ses Paroles et tout mon être en tremblait de joie ! J'avais toujours hâte de savoir ce que Dieu avait à nous dire encore et encore, pour mieux vivre et comprendre le pourquoi de notre existence ici-bas. Et plus mon père lisait, plus mon coeur était touchés et je ne voulais surtout pas qu'il s'arrête de lire Les Saintes Écritures !
C'était absolument merveilleux parce que je recevais Ses Paroles comme une douce douche qui coulait tout doucement dans mon coeur, comme un courant d'une Eau Pure qui me rafraîchissait et me purifiait tout à la fois... Comme dans un bon fruit délicieux !
Ce temps béni ne dura pas aussi longtemps que je l'aurais souhaité malheureusement..., un an et demi ou deux, tout au plus ! Cette époque coïncida avec la naissance du treizième enfant et du même coup avec le décès de ma mère... Elle fit une hémorragie causée par des tumeurs aux ovaires. Il n'était pas rare dans ce temps-là que les femmes succombaient lors de leur accouchement. Ma mère avait que trente-cinq ans et demi et moi j'avais douze ans seulement ! Le bébé resta à l'hôpital jusqu'à ce qu'une de mes tantes l'adopta; c'était un beau garçon en parfaite santé !
J'étais incapable de pleurer à la mort de ma mère; j'avais d'autres préoccupations qui pour moi demandaient toute mon attention... Je savais au fond de moi que mon père me prendrait malgré moi pour remplacer ce que ma mère pouvait lui procurer... Je cherchais comment je pouvais faire pour m'en sortir, surtout que je ne pouvais pas parler de tout cela à qui que ce soit !
Mais j'essayais de me rapprocher tout doucement de mes tantes qui se trouvaient être les soeurs de mon père. Une d'entre elle était ma marraine et la tradition voulait que si un parent décédait, c'était au parrain ou à la marraine de prendre l'enfant en charge. C'est pourquoi j'espérais que cette usage dans les moeurs du temps se réalise aussi pour moi... Mais je sentais en permanence le regard de mon père qui ne cessait de me surveiller; je discernais chez lui cette peur que je m'ouvre à l'une d'elles et il ne tenait surtout pas à ce que je quitte la maison paternelle. Lorsque je voyais ses yeux fixés sur moi en me signifiant par de petits signes de prendre des distances par rapport à ses soeurs, je ne pouvais que me soumettre à lui et me taire en baissant les yeux...
Au moment où ma mère était exposée dans notre salon, l'une de mes tantes m'a tout simplement posé cette question : Tu n'as pas de peine à voir ta mère ainsi ? C'est alors que mon père est aussitôt intervenu pour répondre à ma place ! Je n'avais vraiment pas de chance...
Après l'enterrement
de ma mère, il y eut un grand vide dans la maison; mais
je n'avais pas trop le temps de penser à ce qui venait de
se passer, mais je portais néanmoins son deuil dans mon cœur...
Il faut dire qu'elle ne me manquait pas beaucoup en raison du fait
que mon esprit était trop préoccupé à
prendre sa relève et je me suis mise tout de suite à
l'ouvrage. À l'âge que j'avais alors, je savais bien que
je n'étais pas aussi expérimentée que ma mère
dans la cuisine, mais j'arrivais à me débrouiller malgré
tout ! Jusqu'au jour lorsque je fis du pain pour la première
fois.
J'avais pourtant suivi exactement les instructions que ma mère m'avait données auparavant à ce sujet et mon pain semblait tout à fait réussi. Il a bien levé et à la sortie du four, il était dun beau blond doré et qu'il était appétissant à voir ! Mais lorsque mon père s'est mis à le trancher, il n'a pu le faire, il était dur comme de la roche ! Quel malheur d'avoir oublié de mettre du saindoux en le pétrissant et de faire tremper la levure dans de l'eau chaude avant d'entreprendre cette tâche... En voyant mon père qui essayait de couper le pain, je suis vite partie de la table pour aller me cacher, j'avais trop peur de sa réaction et qu'il me frappe... Mais, à ma plus grande surprise, il s'est mis à rire quand il a vu que mon pain ne se coupait pas ! Il dit alors, je l'achèterai à l'épicerie à l'avenir, il ajouta : Viens manger, je ne te chicanerai pas ! Oh!, la, la, comme je fus soulagée. Mais pour ce faire, j'avais gaspillé d'un coup un sac de vingt-cinq livres de farine...
Malheureusement, après le décès de ma mère, mon père ne lisait plus la Bible et cela me chagrinait beaucoup. Je voyais bien que cela ne l'intéressait plus et ça me manquait terriblement... Je ne savais pas à ce moment-là que un de mes frères lorsqu'il est partie de la maison, avait emporté la Bible avec lui.
Un peu plus d'un an plus tard, durant l'été, mon père eut la merveilleuse idée de nous envoyer dans un orphelinat. Je fus très soulagée et heureuse de cette décision puisque j'avais si hâte de quitter la maison. Comme prévu, nous fîmes notre entrée dans un orphelinat qui s'appelait : L'institut Saint-Joseph de la délivrance à Lévis, cette établissement était de l'autre côté de la traversée de Québec à Lévis. Les trois plus âgés restaient avec mon père et, à partir de moi en descendant jusqu'au plus jeune, nous avons tous été placés là. Maintenant, je devais m'adapter à cette nouvelle vie avec mes nouvelles compagnes de classe. Je trouvais qu'il y avait beaucoup plus d'enfants là qu'à la petite école où j'allais dans mon village. Je me sentais un peu perdue dans ce nouveau monde et je ne comprenais pas pourquoi il fallait nous séparer d'avec mes frères... J'allais vite le comprendre par la suite !
Je ne me sentais pas comme les autres jeunes filles de mon âge. J'avais un comportement très timide et craintive, je crois que cet état d'être trouve son origine première dans ce que mon père ma fait subir... Peu de temps après, je constatais avec soulagement que je n'étais pas la seule à avoir connu des difficultés au niveau de la famille. Mais, c'était quand même pas si mal, au moins, je n'avais plus mon père devant moi ! ...
Ce n'est que dans la deuxième année d'orphelinat que je commençai à mieux m'adapter et tout semblait bien aller pour moi. Mais à un moment donné, ma conscience me condamnait à cause du comportement anormal de mon père vis-à-vis moi. Je me sentais honteuse et coupable malgré moi... C'est alors que je décidai d'ouvrir mon cœur au prêtre qui était là comme aumônier de cet établissement. Je lui racontai toute cette histoire d'inceste. À peine quelques jours après cette confession, celui-ci, qui était d'un âge respectable, m'a fait venir dans son bureau. Après une courte discussion, je sentis dans sa manière de parler qu'il voulait me courtiser, car il m'invita même à m'asseoir sur ses genoux. Je me doutais bien que ce n'était pas pour mes beaux yeux; je n'étais plus assez naïve pour ne pas percer son petit jeu... J'avais quatorze ans à l'époque et je n'avais pas peur de lui puisqu'il n'était pas mon père ! Et aussi, je me posais la fameuse question : Pourquoi ? ce prêtre est sensé représenter Dieu !!! C'est à ce moment-là que je compris qu'un prêtre était tout simplement un homme comme tous les autres hommes... Face à cet homme, je me suis mise tout de suite sur la défensive en voyant ses intentions et je me suis sauvée en vitesse vers la porte de sortie.
Je réalisai à cette époque que tous les hommes qui avaient un comportement très affectueux et avaient aussi le même regard que mon père... Je n'avais qu'à les fuir sans aucune hésitation de ma part, peu importe qui ils sont !
Pour le reste de l'année il y suivirent beaucoup d'épreuves; d'ailleurs, les religieuses ne semblaient pas m'apprécier beaucoup et je dirais même pas du tout ! Lorsqu'elles me parlaient, elles étaient incapables de me regarder droit dans les yeux sans qu'elles aient un petit sourire au coin des lèvres. Elles semblaient me considérer comme si j'avais été un animal bizarre qu'il fallait apprivoiser ! Parfois même, elles prenaient un malin plaisir à faire rire les autres par un comportement de certaines filles en difficultés, c'était leur manière de faire. J'étais délaissée et abandonnée de tous et j'avais pourtant un si grand besoin que l'on m'aime. Peut-être que le prêtre a quelque peu terni mon image en portant un faux témoignage à ces religieuses..., tout probable parce que je n'ai pas voulu rester plus longtemps assise sur les genoux du prêtre, je n'en sais rien. Les religieuses me traitaient comme si je n'étais pas digne d'être avec elles.
Heureusement que ce fut ma dernière année dans cette institution... D'ailleurs, à 14 ans, j'étais rendue à la limite d'âge dans ce couvent. Au-delà de cet d'âge, on nous envoyait obligatoirement dans un autre établissement.
Mais avant que je puisse faire mon entrée dans une autre maison d'éducation, je devais malheureusement passer les vacances à la maison chez mon père en Gaspésie; je ne voulais surtout pas retourner avec mon père dans sa maison pour cette période des vacances. Alors je suppliai mon père pour qu'il accepte de m'envoyer passer les deux mois de congé chez l'une de mes tante à Rivière du loup, là où demeuraient justement ses deux soeurs qui possédaient des commerces dans l'hôtellerie. Rendue avec mon père chez l'une de mes tantes, j'éprouvais la crainte que celui-ci refuse d'accéder à mon désir. Mais j'avais tellement insisté devant l'une d'elle, celle qui était ma marraine, que celle-ci lui dit que j'étais en âge de travailler et que je pouvais certainement lui donner un coup de main. Alors mon père accepta finalement bon gré mal gré, et j'en fus très heureuse...
C'était les toutes
premières vacances que je passais ailleurs que chez-moi.
Après quelques semaines, je me sentais tellement bien et
libre dans tout ce que je faisais que je ne me souciais plus du lendemain;
j'étais bien traitée et aimée par cette famille
merveilleuse. Comme cela était merveilleux ! Je goûtais
aux plus beaux moments de ma vie; je ne vivais plus de stress ! J'apprenais
à vivre normalement comme toutes les jeunes filles de mon
âge qui commençaient à travailler en dehors de
chez elles. Je rencontrais beaucoup d'étrangers parce que je servais
les gens aux tables; cette tante m'enseignait comment travailler
toujours avec tact et diplomatie. Mon oncle, quant à lui, était
un grand travailleur; il était toujours de bonne humeur, et même
s'il ne parlait pas souvent, il avait toujours le sourire présent
aux lèvres.
Comme je savourais cette vie dans cette famille, tout était équilibré, avec eux c'était une vie saine et normale... Je pouvais rire de bon cœur avec mon cousin qui travaillait avec moi; nous étions deux jeunes adolescents de quinze ans et il avait un comportement sain et très respectueux avec moi. Tout en travaillant, nous nous encouragions à bien faire ce que nous avions à faire. Je voyais tous ces beaux jours passés sans craindre personne, je respirais la liberté. J'éprouvais beaucoup de joie dans mon cœur et cela m'était très agréable car c'était assurément la vie qu'il fallait que je vive pour savoir comment il était bon de vivre dans une famille ou il y avait du vrai amour. Avec tout ce que je sais aujourd'hui de l'Amour de Dieu, cela était certainement grâce à Lui, car c'est Sa Paix en moi qui était présente. Oui, c'était vraiment des bénédictions de Dieu qui me procuraient ce doux bonheur de vivre dans une vraie famille ou l'amour des uns pour les autres existait, je donne encore à Dieu toute La Gloire et Lui dit MERCI du fond du cœur pour ce temps d'apaisement...
Mais voilà, les
beaux jours de vacances se terminaient déjà; c'était
maintenant le temps d'entrer dans l'autre couvent et faire
la connaissance de nouvelles compagnes pour mes 15 ans.
Ce petit pensionnat se situait dans le petit village de Saint-Pierre,
dans le comté de Montmagny. C'était un petit couvent
privé, avec environ une centaine d'élèves réparties
en quatre classes. C'est là que je faisait ma 7 ième
année scolaire. Cette année-là, ce fut pour moi
une année qui m'a remis sur pieds en me redonnant du courage
de vivre et le goût de continuer mes études; ce fut très
enrichissant en raison du fait que je me sentais acceptée et
aimée par ces éducatrices religieuses; elles prenaient
vraiment le temps de s'intéresser à moi avec douceur
et démontraient bien leur amour et leur patience pour chacune
d'entre nous. Ainsi, je me suis sentie en confiance et en sécurité
pour continuer à aller de l'avant.
Je réussissais tous mes examens et j'arrivais toujours la première sans difficulté. J'étudiais avec un tel zèle que j'avais tôt fait de développer de nouvelles ambitions. Mais vers le milieu de l'année, lors d'un examen, il y eut une camarade de classe qui avait triché afin de me dépasser au classement et arriver ainsi la première. Cela, je ne pouvais l'accepter; je l'ai donc déclaré à la surveillante qui était de garde à cet examen-là, et cette gardienne l'avait aussi remarquée. À mon grand désarroi, elle choisit plutôt de fermer les yeux sur cet incident afin de me donner une bonne leçon d'humilité; cela m'a bien blessée dans mon orgueil évidemment. Après l'examen la personne qui était de garde, m'a expliqué pourquoi que je devais subir cette injustice. La raison évoquée mettait en cause mon comportement orgueilleux. Suite à cette expérience, j'ai eu le loisir de réfléchir à tout cela pendant un mois et par la suite, je faisais beaucoup plus attention en tout, en essayant de changer ce comportement orgueilleux. Après cette dure leçon d'humilité, je repris le premier rang dans tout pour le reste de l'année ! Parfois, cela fait du bien de se faire abaisser un peu...
Car Dieu résiste aux orgueilleux, mais Il donne
Sa grâce aux humbles. Jacques 4,6. L'orgueil d'un homme
le conduit à l'humilité, mais celui qui est humble d'esprit
obtient la gloire. Proverbes. 29,23.
L'année suivante, nous sommes déménagés
en Abitibi, plus précisément à Mcwathers,
près de Rouyn-Noranda. Rendue à cette endroit, mon
père nous faisait entrer encore dans un autre couvent ou nous
avons été accepté comme pensionnaire ma soeur
et moi. Et après quelques mois d'étude, on m'a conseillé
de laisser mes études à cause de mon âge plus
élevé que les autres. C'est alors que j'eus l'idée
d'entrer comme postulante dans cette même communauté religieuse
pour ne plus avoir à rester dans la même maison que mon
père... J'avais l'âge de prendre cette responsabilité
moi-même, car c'est à partir de seize ans que cette communautés
acceptaient des jeunes filles pour qu'elles se consacrent au Seigneur,
c'est pourquoi j'ai profité de cette chance qui s'offrait à
moi...
Tout semblait me paraître comme une vie normal dans ma nouvelle vie de jeune religieuse, et un jour, on me conseillait d'aller prier dans la petite chapelle. Au même moment que j'essayais de prier, une religieuse d'un âge assez avancé venait vers moi en me disant ceci : Ne prie pas les statues, ni les morts, prie seulement Dieu ! Mais elle m'a laissée sur ses paroles sans rien ajouter d'autre. Ces parole a bien touchées mon coeur et après être sortie de la chapelle, je voulais absolument la rencontrer pour lui poser d'autres questions mais, je ne l'ai plus revue ! Elle me semblait bien pieuse, différente des autres et avait un très grand respect pour Dieu. Six mois plus tard, je suis sortie de cette communauté parce qu'on m'a dit que ce n'était pas là où Dieu m'appelait. Je restai néanmoins dans la même communauté à titre de simple pensionnaire pour un certain temps, parce que je n'avais pas d'autre endroit où habiter.
Quelques temps plus tard, ma soeur et moi avons sortie de là pour les vacances et un moment donné nous avons échangé nos secrets intimes et j'appris par la même occasion que mon père abusait aussi d'elle... Nous nous sommes encouragées l'une et l'autre, mais cela ne nous suffisait pas. Nous cherchâmes alors un autre moyen pour régler une fois pour toute cette situation honteuse et dégradante. Nous avons convenues tous deux de parler de ce problème aux religieuses du couvent ou nous étions aller durant l'année scolaire. Il faut dire également que ma soeur était là aussi à titre de pensionnaire. Alors les religieuses après nous avoir écoutées, ne crurent pas tellement à notre récit... Alors nous avons décidé d'aller raconter à la police ce que notre père nous a fait subir. Nous étions bien déterminées à aller jusqu'au bout de cette histoire...
Lorsque mon père nous a soupçonné sur ce que nous avions projeté de faire, il est entré dans une grande colère, quelque jours après, il est allé s'enivrer. Cette journée-là, j'étais allée travailler dans un presbytère; après mon travail et comme d'habitude, je m'en retournais au couvent pour rejoindre ma soeur. Ce jour-là, pendant que mon père était en route avec l'intention de venir me chercher, moi je marchais sur la route qui me conduisait au pensionnat tout en ignorant qu'il s'en venait lui-même me chercher. Comme il ne restait plus que quelques mètres à faire avant d'arriver à ma destination, mon père arriva près de moi avec sa voiture très furieux. Ensuite il m'obligea à me ranger près d'un fossé boueux très profond pour ne pas me laisser aucune chance de m'enfuir au couvent ! Il était dans une colère terrible lorsqu'il est descendu de sa voiture en vitesse, je le voyais comme une bête enragée ! Il courut très vite pour m'attraper et ainsi me forcer à m'embarquer dans sa voiture. Après, il fit demi-tour pour se rendre à son domicile. Il conduisait d'une main en me faisant des menaces et avec l'autre main, il me frappait au visage; ça se passait tellement vite que je n'eus pas le temps de me protéger. Cette fois, j'avais un pressentiment qu'il voulait vraiment me tuer, d'autant plus qu'il se trouvait dans un état d'ébriété avancé; il ne savait plus ce qu'il faisait... Je réussis tant bien que mal à prévenir ses autres coups en mettant mes deux mains sans arrêt devant mon visage...
En arrivant à
la maison, mon père avait toujours la même attitude
agressive et me dit : Fais le dîner et après que nous
aurons mangé, je vais te tuer en te battant à mort
! Et si tu n'es pas morte, eh bien, il ne restera pas grand chose qui
te tiendra en vie ! Ensuite, j'irai te porter sur le perron de l'hôpital;
je te laisserai là et ils feront de toi ce qu'ils voudront
! Moi, je serai déjà parti loin ! ...
Je me disais tout bas : Ho oui ! C'est maintenant
qu'il va mettre à exécution ses menaces de mort;
il y a si longtemps qu'il le dit...
Alors je me suis mise à prier tout bas tout
en faisant le dîner; je demandai à Dieu de me sauver
de cette situation critique. Je tremblais de tout mon être
et je pleurais silencieusement pour ne pas qu'il voit ma peur. Pendant
que mon père se promenait de long en large dans le salon,
moi, je suppliais encore le Seigneur pour que mon père sorte
de la maison pour qu'il aille se chercher des cigarettes. Tout d'un
coup, mon père s'arrêta de marcher et je regardais ce
qu'il faisait; et je voyais bien qu'il cherchait quelque chose; je me
disais : Il cherche sûrement son tabac, car il roulait souvent
ses cigarettes. Alors je priais encore plus fort Le Seigneur et Lui
disais : Oh Mon Dieu ! Fais qu'il ne trouve pas de tabac dans la
maison afin qu'il aille s'en chercher au magasin. Lorsque j'eus
fini de prier, mon père me dit : Je vais au dépanneur
pour me chercher des cigarettes. Et il ajouta : Reste-là et
fais le dîner ! ...
Quand il eut sorti de
la maison, je regardai pour voir s'il allait vraiment partir...
Et lorsque je fus convaincue qu'il allait sortir, je laissai tout
ce que je faisais et me précipitai à la hâte
pour sauter de la fenêtre arrière qui avait juste environ
deux pieds de haut ou un mètre et demis de haut... Je n'eus
pas le temps de penser à remercier Dieu pour avoir exaucée
ainsi ma prière. Je me mis alors à courir en direction
du plus proche voisin derrière moi; la distance équivalait
à environ deux cent pieds. Quand j'arrivai chez ce voisin,
j'étais terrorisé de peur, que j'en tremblais de la
tête aux pieds, tellement que j'éprouvais beaucoup de
difficulté à m'exprimer ! Finalement, je lui racontai
une partie de la situation pour qu'il comprenne pourquoi j'avais besoin
de son aide et il accepta aussitôt de m'aider en me conduisant
à un presbytère de Rouen ou j'avais travaillée
déjà. Mais mon père devina l'endroit ou je m'étais
réfugiée.
Avant qu'il ne soit arrivé, j'avais heureusement demandé à Monsieur l'Archevêque de ne pas révéler ma présence dans son presbytère tout en lui expliquant que mon père voulait me violer et me tuer par la suite. Mais celui-ci se montra réticent à raconter un tel mensonge, mais il réalisa que je ne plaisantais pas et qu'il fallait agir au plus vite. Alors il me conseilla d'aller me cacher dans la cuisine car aucun étranger ne peut y mettre les pieds. Peu de temps après, mon père arriva; lorsqu'il appris que je ne me trouvais pas là, il fut très étonné. Comme son comportement était ébranlé par l'alcool, Monsieur l'Archevêque le pria de quitter immédiatement les lieux.
Mais lorsque je suis
sortie du presbytère, je ne savais plus où aller,
je me sentais vraiment perdue et abandonnée de tous; personne
s'est offert pour me diriger dans un endroit sûre, ni même
me conseiller ou même me rassurer. Je trouvais cette réalité
extrêmement difficile à vivre. Finalement, je repartis
pour aller rejoindre ma soeur au couvent où je lui racontais
tout...
Pas longtemps après, mon père était encore en état d'ébriété et est revenue au couvent pour vouloir me parler gentiment, mais moi j'insistait auprès des religieuses de ne pas lui permettre que j'aille avec lui. Mais en convainquant les religieuses qu'il me ramènerait sans rien me faire, celles-ci m'obligeaient d'aller avec lui. Et après avoir parlé tout la soirée et une partie de la nuit, je suppliais encore mon père de me ramener au couvent car il avait promis qu'il me ramènerait. Car je ne voulais surtout pas coucher chez mon père à cause qu'il aurait pu abuser encore de moi. Et avec mon insistance, il a fini par revenir me conduire en pleine nuit au couvent et rendu au couvent, je sonnais et sonnait à la porte, mais personne venait pour m'ouvrir. Et je priait encore le Seigneur pour que les soeurs viennent m'ouvrir la porte, car mon père criait à l'auto, vient coucher à la maison, il ne t'ouvriront pas et moi je disais non, elle a dit qu'elle va m'ouvrir. Et enfin il y a une soeur qui est venue m'ouvrir et mon coeur a bien été soulagé. Le lendemain, la soeur supérieure, a dit que cela était un miracle.
Mais entre temps et sans
que je le sache, ma soeur était allée livrer mon père
à la police. Par la suite, des policiers sont venus me chercher
pour que je porte aussi une plainte contre mon père. Après
ma déposition, un policier reçu l'ordre de son supérieur
pour me reconduire au couvent. En me reconduisant, ce policier me
demanda d'aller avec lui visiter un site d'un beau lac qu'il y avait
un peu plus loing du couvent. Ne connaissant pas beaucoup Rouyn-Noranda,
j'acceptai son invitation d'un air aussi surpris que timide...
Je me disais : Ben ! C'est un policier, il représente la loi,
il ne me fera rien ! ...
Rendue au lac, je ne trouvai
rien de bien particulier à ce lac, c'était un lac pareil à
tous les autres. De toute façon, je n'avais pas le goût de rien;
j'avais juste besoin d'être tranquille après la déposition
que je venais de faire contre mon père. Mais le policier s'approcha
de moi pour me faire la cour ! Et moi, je me poussais le plus loin possible
de lui. C'est à ce moment-là que je soupçonnais bien
ce qu'il pouvait avoir derrière la tête mais, je ne me suis
pas arrêtée à cette idée du fait qu'il était
policier ! Je ne pensais pas qu'il oserait me toucher et je croyais qu'il
comprendrait que ce nétait vraiment pas le temps de s'amuser. Finalement,
nous sommes remontés dans la voiture et j'étais convaincue
qu'il me reconduirait au couvent... Mais un peu plus loin, il stationna
sa voiture juste au bord d'un profond précipice de façon
à ce que je sois dans l'impossibilité de sortir de la voiture.
Tout autour de nous se trouvait une forêt.
Pendant que je regardais
la profondeur de la falaise, il s'approcha de moi... Et avant
que je ne me rende compte de ses véritables intentions, il
était déjà rendu sur moi pour m'embrasser de
force ! Je me suis débattue tout en essayant de crier très
fort; et malgré mes efforts, je n'arrivais pas à me dégager
de sa bouche tellement sa force était brutale. J'offrais tout
de même plus de résistance et je m'efforçais de lui
dire, non, non et non ! Alors il comprit que je ne voulais vraiment pas
et il cessa immédiatement son petit manège. Par la suite,
il est venu finalement me déposer devant la porte du couvent. Mais,
en débarquant de sa voiture, il me menaça d'un ton autoritaire
en me donnant un ordre ainsi formulé : N'en parle pas aux
religieuses de cette histoire parce que ce serait ta parole contre
la mienne ! ...
Cette attitude pour la moins inconvenante me bouleversa et détruisit les derniers vestiges de ma confiance dans l'autorité des hommes, comme celui-ci; ça me déchirait davantage le cœur de voir autant d'abus du pouvoir et de méchanceté chez un représentant de la loi et de l'ordre ! Je réalisai encore une fois combien ces hommes étaient hypocrites et abusaient littéralement de leur autorité pour arriver à leur fin sexuel. Après ces événements, j'appris à me méfier davantage de ces hommes qui ont une autorité quelconque…
Le lendemain, ma soeur m'appris que mon père avait été arrêté par la police. Ce fut pour moi un très gros choc et je pleurai amèrement. Je trouvais qu'il faisait plutôt pitié et je pensais que mon geste d'avoir livré mon père de la sorte était terrible. Je me culpabilisais beaucoup pour le geste que j'avais posé. Par contre, je ne voyais aucune autre solution et en réfléchissant, je me disais : D'un autre côté, je ne pouvais plus supporter ses avances et ses menaces... Il fallait que je me fasse une raison et que je me dise encore : J'ai bien fait ! Sans cela, il aurait continué à abuser de nous deux alors, il était plus qu'urgent de le livrer ! ...
Maintenant il faut que
j'oublie ce passé et que j'apprenne à pardonner.
De plus, il ne faut surtout pas que je me condamne moi-même
pour avoir agi ainsi. Face à celui qui abuse du plus faible,
ce dernier a le droit légitime de se défendre selon la
loi. Dieu a donné des lois pour qu'on les utilise contre ces
gens-là. Ce qui est le plus important, c'est de garder la
foi en Dieu, qui Lui nous délivre de tout mal ! Je remercie
le Seigneur pour Sa Fidélité de m'avoir encore une fois
délivrée de ces abuseurs sexuels. Dieu est plus fort
que ces gens-là, gloire à Dieu, c'est LUI qui délivre
toujours ceux qui Lui appartiennent ! Prier pour ces gens afin
que Dieu établisse Sa justice et que l'abusé en sorte vainqueur.
Amen!!!
En finissant ce chapitre, Le Seigneur me révéla que c'était bien Lui qui a empêché ce policier d'aller plus loin pour me violer. Gloire à Dieu et merci Seigneur de m'avoir protégée ! Le Seigneur me faisait encore comprendre qu'il faut toujours dénoncer ces abuseurs sexuels.
Dès
mon jeune âge, lorsque j'ai accepté tout naturellement
la Parole de Dieu dans mon cœur, j'avais accepté par
le fait même Dieu Lui-même, c'est pourquoi je Lui appartenait
déjà. Et Dieu n'oublie jamais celui qui Lui appartient.
Le Seigneur sait délivrer de l'épreuve
les hommes pieux et réserver les injustes pour les châtier
au jour du jugement. 2 Pierre 2:9.
Dieu délivre
le pauvre qui crie et le malheureux qui n'a point d'aide. Il
aura pitié du faible et du pauvre, Il sauvera la vie des pauvres;
Il rachètera leur vie de la fraude et de la violence...
Psaume 72, 12-14
h.duclos@sympatico.ca |
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ISBN 2-022622-00-2
Dépôt
légal – Bibliothèque Nationale du Québec.
1999
Dépôt
légal – Bibliothèque Nationale du Canada. 1999